{"id":66517,"date":"2023-11-07T09:35:15","date_gmt":"2023-11-07T08:35:15","guid":{"rendered":"https:\/\/primolevi.org\/?p=66517"},"modified":"2024-06-27T14:52:44","modified_gmt":"2024-06-27T12:52:44","slug":"66517-2","status":"publish","type":"ressource","link":"https:\/\/primolevi.org\/en\/ressource\/66517-2","title":{"rendered":"Accueillir, pour quoi faire ?"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Dans la pratique du Centre Primo Levi, ce mot rev\u00eat un double int\u00e9r\u00eat&nbsp;: accueillir des personnes \u00e9trang\u00e8res en France, et les accueillir dans notre centre de soins. Cela pose plusieurs questions&nbsp;: a-t-on besoin d\u2019accueillir pour soigner&nbsp;? Peut-on soigner sans accueillir&nbsp;? Quels sont les effets de la politique d\u2019accueil des \u00e9trangers sur les patients que nous recevons, mais aussi sur notre institution&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019accueillir au Centre Primo Levi&nbsp;?<\/strong><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dimitra Kolonia&nbsp;:<\/strong> Au Centre Primo Levi, l\u2019accueil a deux dimensions : l\u2019entretien d\u2019accueil, qui est un pr\u00e9alable pour les soins, mais aussi l\u2019accueil dans son quotidien et tout au long des soins. Ces deux dimensions ont des finalit\u00e9s et des temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dirais qu&#8217;accueillir ici, c\u2019est la possibilit\u00e9 d&#8217;une offre de temps et d\u2019espace, dans laquelle un sujet peut s\u2019inscrire, ou pas, dans le but, avant tout, de se soigner. Une offre de temps, en prenant le temps qu\u2019il faut, ce qui n\u2019est pas celui d&#8217;un protocole. C\u2019est un temps logique, plus que chronologique. Un temps qui respecte le rythme singulier de chaque sujet pour se soigner.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce sens, l\u2019accueil ouvre \u00e0 la singularit\u00e9 et la vise. Il essaye de respecter la particularit\u00e9 et la temporalit\u00e9 de chaque sujet. C\u2019est l\u2019offre d\u2019une parole qui n&#8217;est pas injonction.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9borah Caetano :<\/strong> La fonction de l\u2019accueil a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e comme partie int\u00e9grante de la prise en charge des patients. Ainsi, toute personne se pr\u00e9sentant au Centre pour un suivi psychologique ou m\u00e9dical doit obligatoirement passer par un premier entretien d\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Accueillir l\u2019autre est une rencontre&nbsp;: premier contact avec le lieu, premier regard, premier sourire et premi\u00e8re parole avec l\u2019accueillante et les professionnels. L\u2019accueil ne s\u2019improvise pas, ce n\u2019est pas une simple disposition d\u2019esprit, mais un acte professionnel complexe et d\u00e9terminant pour la suite de la relation \u00e0 l\u2019autre. Je me rappelle la fois o\u00f9, en sortant d\u2019un entretien, une dame soupire de soulagement, me sourit \u00e0 travers ses larmes et me remercie de lui avoir accord\u00e9 du temps et de l\u2019avoir \u00e9cout\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Merci, vous m\u2019avez regard\u00e9e comme si j\u2019\u00e9tais une personne.&nbsp;\u00bb C\u2019est dire \u00e0 quel point certains peuvent se sentir d\u00e9shumanis\u00e9s&nbsp;! Les accueillantes donnent la premi\u00e8re impression du lieu \u00e0 la personne qui s\u2019installera physiquement et psychiquement dans celui-ci en tant que patiente.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit, d\u00e8s son arriv\u00e9e, de la consid\u00e9rer, elle, ainsi que sa demande. Cela rend possible l\u2019\u00e9mergence d\u2019un lien de confiance. Je re\u00e7ois dans un bureau ferm\u00e9, \u00e0 l\u2019abri des regards et de l\u2019\u00e9coute des autres, afin de favoriser la confidentialit\u00e9. Je suis dans une posture de non-jugement, de non-infantilisation, du respect de la parole, de la temporalit\u00e9 et de la singularit\u00e9 de chacun. La bonne distance face \u00e0 ce qui est entendu est aussi \u00e0 trouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Je re\u00e7ois seule, ou avec un interpr\u00e8te professionnel si n\u00e9cessaire. Si possible, je propose \u00e0 la personne qu\u2019elle choisisse un interpr\u00e8te de m\u00eame sexe que le sien ou de sexe oppos\u00e9. Il s\u2019agit de son espace, pour qu\u2019elle se sente libre de parler. Il est n\u00e9cessaire de s\u2019adapter continuellement \u00e0 la singularit\u00e9 de la personne que j\u2019ai en face de moi. En entretien, en plus de comprendre la demande de mon interlocuteur et de la compl\u00e9ter avec lui, il sera n\u00e9cessaire de contenir, stopper l\u2019\u00e9motion, maintenir ou replacer le cadre au vu de l\u2019histoire de la personne.<strong> <\/strong>Te retrouves-tu dans cette mani\u00e8re d\u2019accueillir un nouveau patient, alors que tu dois commencer la th\u00e9rapie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DK&nbsp;: <\/strong>Il me semble que, dans une pratique orient\u00e9e par la psychanalyse, l\u2019offre du soin peut aller au-del\u00e0 d\u2019un accueil de parole. La parole dans une cure a un statut particulier de par ce qui est vis\u00e9. Nous tentons d\u2019ouvrir un nouvel espace \u00e0 la parole en faisant appara\u00eetre l\u2019\u00e9cart entre ce que le sujet pense dire et ce qu\u2019il dit. Plus qu\u2019un accueil, je parlerais plut\u00f4t d&#8217;un temps qui a pour fonction de pr\u00e9parer l&#8217;entr\u00e9e dans la cure et que nous appelons \u00ab&nbsp;entretiens pr\u00e9liminaires&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><br><\/strong><strong>Comment se singularise cet accueil&nbsp;? Auriez-vous un exemple&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DC&nbsp;<\/strong>: Habituellement, l\u2019accueil d\u2019un nouveau patient se passe en amont par le biais d\u2019une institution qui entre au pr\u00e9alable en contact avec moi. Cela me permet de me pr\u00e9parer \u00e0 recevoir la personne dans des bonnes conditions, dans un espace ferm\u00e9 propice \u00e0 la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il se peut que cela ne se passe pas ainsi. Par exemple, un homme se pr\u00e9sente de mani\u00e8re spontan\u00e9e et s&#8217;annonce \u00e0 l&#8217;accueil : \u00ab&nbsp;Bonjour, j&#8217;ai quitt\u00e9 mon pays parce qu&#8217;il y avait des probl\u00e8mes, je suis demandeur d&#8217;asile, je ne vais pas bien, j&#8217;ai des probl\u00e8mes avec ma t\u00eate, je ne dors pas, je pense tout le temps, j&#8217;ai la t\u00eate qui chauffe, je viens parce qu&#8217;on m&#8217;a dit qu&#8217;ici on allait m&#8217;aider&#8230;. Vraiment aidez-moi, je souffre, c&#8217;est urgent. \u00bb Au centre, l\u2019accueil est un lieu ouvert sur la salle d&#8217;attente, il n&#8217;y a pas de confidentialit\u00e9. Ne pouvant pas le laisser repartir ainsi sans r\u00e9ponse, je prends quelques minutes dans un bureau, seule&nbsp;avec&nbsp;lui, pour&nbsp;\u200bl&#8217;\u00e9couter et \u200bcomprendre qui l\u2019a orient\u00e9 ici. Il s&#8217;assoit, semble \u00e9puis\u00e9, a&nbsp;les larmes aux yeux. Monsieur a \u00e9t\u00e9&nbsp;\u200b\u00ab\u200b ballott\u00e9 \u200b\u00bb\u200b&nbsp;d\u2019une institution \u00e0 une autre, il est hagard. Il est dans une urgence&nbsp;\u200bmassive&nbsp;: m\u00e9dicale, sociale, juridique. Il est \u00e0 la rue&nbsp;et semble totalement perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon r\u00f4le d&#8217;accueillante est\u200b \u200bde&nbsp;\u200bl&#8217;informer&nbsp;de notre mandat et de notre modalit\u00e9&nbsp;de&nbsp;prise en charge,&nbsp;afin de m\u2019assurer qu\u2019il s\u2019y \u00ab&nbsp;reconna\u00eet&nbsp;\u00bb.&nbsp;Avant qu\u2019il ne d\u00e9roule toute son histoire\u200b ou ne s&#8217;\u00e9panche, m\u00eame s&#8217;il le souhaiterait, je l\u2019interromps une fois que j\u2019en sais assez pour m\u2019en assurer. Je peux&nbsp;d\u00e9j\u00e0 lui signifier que je le recevrai pour un entretien d&#8217;accueil.\u200b\u200b Il est important de lui signifier que j\u2019ai accueilli et pris sa parole en consid\u00e9ration, toutefois, le rendez-vous d\u2019accueil sera le temps et le lieu pour se parler pleinement. Pour l\u2019heure, je le rassure, il aura toute sa place au sein du centre de soins. Je lui donne des adresses de lieux&nbsp;o\u00f9 se restaurer, se laver, o\u00f9 voir un m\u00e9decin, ainsi que la feuille de demande de prise en charge \u00e0 renseigner seul ou avec l\u2019aide d\u2019un travailleur social&nbsp;dans un des centres d\u2019accueil de jour dont je lui ai donn\u00e9 les coordonn\u00e9es. Il est soulag\u00e9\u200b et\u200b\u200b repart plus d\u00e9tendu qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, du fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9.\u200b Au regard de notre capacit\u00e9 d\u2019accueil li\u00e9e \u00e0 notre file active, je le recevrai 2 mois plus tard pour un premier entretien.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Ce qui veut dire que toute personne ayant \u00e9t\u00e9 victime de violences politiques peut avoir sa place au centre de soins&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DC&nbsp;:<\/strong> Le parti pris est de prendre en charge les victimes et non ceux qui ont \u00e9t\u00e9 bourreaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DK&nbsp;:<\/strong> Le fait de ne pas \u00eatre sectoris\u00e9 permet une continuit\u00e9 et une permanence dans les soins et l\u2019accompagnement. Cette permanence \u00ab&nbsp;fait adresse&nbsp;\u00bb et permet une adresse. Difficile de ne pas penser l\u2019importance de celle-ci chez les sujets que nous accueillons. Ceci est en contraste avec la politique actuelle qui produit de l\u2019\u00e9parpillement dans le quotidien. Les changements constants fragmentent encore plus et se rajoutent \u00e0 la s\u00e9rie des ruptures d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cues. L\u2019inscription dans la dur\u00e9e au sein d\u2019une institution offre une r\u00e9elle possibilit\u00e9 de restaurer quelque chose du lien social qui est d\u00e9li\u00e9, d\u2019investir les personnes, les dispositifs, de se soigner, dans un temps propre \u00e0 chaque sujet.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-on vraiment parler d\u2019un accueil ou de plusieurs accueils&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DC&nbsp;<\/strong>: L&#8217;accueil est un tout et, une fois la personne devenue patiente, il se fait tout au long du suivi th\u00e9rapeutique, m\u00e9dical, social, kin\u00e9, juridique.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans la salle d&#8217;attente, nous remarquons le changement, sur un plan physique, des patients qui se pr\u00e9sentent \u00e0 leur rendez-vous&nbsp;: les coiffures qui changent, un peu de maquillage, des lunettes, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous connaissons tous les noms et pr\u00e9noms des patients en cours de prise en charge, avons une anecdote sur chacun d&#8217;entre eux, qu&#8217;ils viennent parfois d\u00e9poser \u00e0 l&#8217;accueil. Nous temporisons leurs demandes, il n&#8217;y a pas de r\u00e9ponse automatique. Nous les accueillons, les \u00e9coutons, et ensuite nous avisons. C&#8217;est une mani\u00e8re de nous pr\u00e9server de cette effusion de la demande, de l&#8217;angoisse qu&#8217;ils peuvent avoir, et du risque de nous trouver aussi pris par l\u2019\u00e9motion, cela fait partie du soin.<br><br>Nous faisons avec leurs sympt\u00f4mes, manifestations du trauma (les oublis, les pertes, les moments d&#8217;absences, notamment) et avons aussi \u00e0 c\u0153ur de ne pas reproduire ce qu&#8217;ils peuvent vivre ou ont v\u00e9cu dans les institutions. Nous connaissons la politique de guichet, les attentes, le manque d&#8217;acc\u00e8s aux droits, les discriminations, que les patients subissent. Notre m\u00e9tier est de faire autrement, de tisser et nouer un lien \u00e0 l\u2019autre.<br><br>Tous les jours, nous observons les patients recr\u00e9er \u00e0 leur tour du lien. Par exemple, il peut arriver qu\u2019un parent parte en consultation avec son \u00ab&nbsp;soignant&nbsp;\u00bb et laisse son enfant dormir dans la poussette, lire ou jouer dans la salle d\u2019attente. Alors qu\u2019il se trouve sous notre \u0153il vigilent, nous pouvons observer qu\u2019un patient parle avec cet enfant, joue avec lui, d\u00e9cide de lui lire une histoire ou encore l\u2019aide \u00e0 se servir un verre de lait. Nous voyons donc ce patient endosser un autre r\u00f4le, peut-\u00eatre celui de protecteur qu\u2019il n\u2019a pas pu tenir aupr\u00e8s de ses propres enfants, lorsque les bourreaux ont fait effraction \u00e0 son domicile au pays.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DK<\/strong>&nbsp;: Je penserais l\u2019accueil comme une plaque tournante, entre les patients et les diff\u00e9rents espaces pluridisciplinaires. Une mani\u00e8re, par exemple, de traiter les diff\u00e9rentes demandes, entre un patient et les espaces o\u00f9 il est re\u00e7u dans l\u2019institution. Du fait du choix que l\u2019entretien d\u2019accueil soit fait par un professionnel \u00ab&nbsp;non psy&nbsp;\u00bb, cela ouvre \u00e0 la pluridisciplinarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dirais que l\u2019accueil, plus que renouvel\u00e9, est r\u00e9actualis\u00e9 \u00e0 travers le transfert et la position du patient au sein de l\u2019institution. Autrement dit, un sujet va passer par des mouvements psychiques diff\u00e9rents au fur et \u00e0 mesure de ses soins. Ceci a des r\u00e9percussions dans sa mani\u00e8re de s&#8217;adresser \u00e0 l&#8217;institution, dans ses demandes \u00e0 l\u2019autre, entra\u00eenant alors une r\u00e9actualisation du positionnement institutionnel lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Cette parole peut-elle se d\u00e9ployer librement malgr\u00e9 les multiples emp\u00eachements li\u00e9s \u00e0 cette politique d\u2019accueil&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DC&nbsp;:<\/strong> Lorsque je re\u00e7ois un patient, le fait de travailler avec une \u00e9quipe pluridisciplinaire me permet de faire fi de l&#8217;ext\u00e9rieur et de me concentrer sur l&#8217;ici et maintenant : l&#8217;accueil de la premi\u00e8re parole dont je suis d\u00e9positaire, l&#8217;\u00e9coute des r\u00e9cits traumatiques, les plaintes psychosomatiques, les conditions de pr\u00e9carit\u00e9 sociale et psychique, la situation juridique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DK <\/strong>: Offrir la possibilit\u00e9 de l&#8217;association libre, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une parole libre o\u00f9 tout ce qui se dit est important, sans que le patient ait besoin de le prouver, n&#8217;est une \u00e9vidence pour aucun sujet. Mais pour celui qui a \u00e9t\u00e9 souvent expos\u00e9, qui a fui un Autre tout-puissant, offrir cette possibilit\u00e9 d&#8217;une parole libre devient particuli\u00e8rement sensible. S\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 un Autre qui n&#8217;est pas soumis \u00e0 une loi commune, mais, au contraire, qui fait la loi, qui est la loi&nbsp;; un Autre qui se donne le droit de vie ou de mort sur les sujets&nbsp;&#8211; des sujets qui ont v\u00e9cu sous une injonction de la parole, une parole qui fait taire, une parole qui doit prouver, par exemple \u00e0 l\u2019administration, se permettre de la prendre librement n\u00e9cessite souvent beaucoup de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute une difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire, aliment\u00e9e par la politique men\u00e9e. D\u00e9multiplier les ruptures, la pr\u00e9carit\u00e9, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence dans le quotidien et dans la dur\u00e9e rend difficile pour un sujet, de se penser comme tel pour un autre. Ceci a des effets de d\u00e9liaison, de d\u00e9shumanisation. Ces diverses violences d\u2019ici et l\u00e0-bas atteignent leur dignit\u00e9, fragilisent le lien social d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Accueillir un sujet, r\u00e9ellement, lui permet de retrouver quelque chose de sa dignit\u00e9. Cela l\u2019humanise et permet plus facilement le soin. La politique actuelle, par la fragmentation, favorise et maintient la d\u00e9liaison d\u00e9j\u00e0 produite par les effets des violences v\u00e9cues. La pr\u00e9carit\u00e9 assigne les sujets \u00e0 une place o\u00f9 il n\u2019est question que de besoin. Or, dans ces conditions, il devient plus difficile, il me semble, pour un sujet de se pr\u00e9senter comme sujet de la parole et de la demande. Je crois, qu&#8217;\u00eatre assign\u00e9 dans un \u00e9tat permanent de besoin fragilise la possibilit\u00e9 de la demande, et donc du soin. Car \u00eatre assign\u00e9 \u00e0 une place de besoin rend plus difficile de transformer cette plainte du besoin en demande, puis en question adress\u00e9e dans l\u2019espace th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et proposer un accueil \u00e0 contre-courant des politiques publiques&nbsp;n\u2019engendre-t-il pas un effet chez les personnes accueillies ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DK<\/strong>&nbsp;:&nbsp; Je dirais qu&#8217;un accueil engendre des effets de par la nature de son offre, de par le choix de son discours, et non parce qu&#8217;il est \u00e0 contre-courant (ou pas) des politiques publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il ne faut pas oublier, et je terminerais avec cette alerte, les effets que cela a sur les institutions et les professionnels. Dans ces conditions de pr\u00e9carit\u00e9, de d\u00e9liaison, les patients, de fait et malgr\u00e9 eux, peuvent mettre l\u2019institution et les professionnels \u00e0 une place d&#8217;un Autre tout puissant, une place nocive qui est \u00e0 \u00e9viter. Ainsi, dans notre quotidien professionnel, il faut trouver des man\u0153uvres pour d\u00e9vier et ne pas r\u00e9pondre \u00e0 partir de cette place dans laquelle nous sommes \u00e0 notre tour assign\u00e9s&nbsp;; comme le propos d\u2019une patiente l\u2019exprime tr\u00e8s clairement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s Dieu, il y a Primo Levi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9borah Caetano, responsable du service accueil et Dimitra Kolonia, psychologue clinicienne, psychanalyste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la pratique du Centre Primo Levi, ce mot rev\u00eat un double int\u00e9r\u00eat&nbsp;: accueillir des personnes \u00e9trang\u00e8res en France, et les accueillir dans notre centre de soins. 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