{"id":72739,"date":"2024-06-20T10:22:13","date_gmt":"2024-06-20T08:22:13","guid":{"rendered":"https:\/\/primolevi.org\/?post_type=ressource&#038;p=72739"},"modified":"2024-06-27T14:52:10","modified_gmt":"2024-06-27T12:52:10","slug":"la-temporalite-du-corps-nest-pas-toujours-celle-de-la-psyche","status":"publish","type":"ressource","link":"https:\/\/primolevi.org\/en\/ressource\/la-temporalite-du-corps-nest-pas-toujours-celle-de-la-psyche","title":{"rendered":"La temporalit\u00e9 du corps n&#8217;est pas toujours celle de la psych\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><em>R\u00e9parer son corps pour ne plus porter les stigmates de la violence favoriserait-il un r\u00e9tablissement&nbsp;possible chez les personnes victimes de torture ? A travers une prise en charge commune, Pamela der Antonian, m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste et Nathalie Dollez, psychologue clinicienne questionnent les diff\u00e9rents mouvements qui m\u00e8nent au chemin d\u2019un mieux-\u00eatre.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les atteintes au corps dans le cadre de violences intentionnelles posent la question de la r\u00e9paration. Pour aller mieux, reprendre le cours de sa vie, faut-il effacer de son corps ce qui vient rappeler les blessures v\u00e9cues&nbsp;? Cicatrices, tatouages&#8230; Est-il n\u00e9cessaire d&#8217;op\u00e9rer une hanche, un genou accident\u00e9 ayant entra\u00een\u00e9 une d\u00e9marche claudicante afin de laisser au pass\u00e9 ce qui appartient au pass\u00e9&nbsp;? \u00c0 travers l&#8217;histoire et le parcours de monsieur X, nous verrons que la r\u00e9paration peut prendre une forme plus symbolique que r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur X se pr\u00e9sente au Centre Primo Levi tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9 par des s\u00e9vices subis en prison. Sa jambe est impact\u00e9e suite \u00e0 diff\u00e9rentes blessures. Il est tout d\u2019abord emprisonn\u00e9 en raison des activit\u00e9s politiques d\u2019un membre de sa famille et subit diff\u00e9rentes formes de violence. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est bless\u00e9 une premi\u00e8re fois \u00e0 la jambe par arme blanche. Lib\u00e9r\u00e9, il sera \u00e0 nouveau enferm\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard. Cette fois-ci, ce seront des blessures par balles qu&#8217;il recevra sur cette m\u00eame jambe. Une fois en France, les plaies ne parviennent pas \u00e0 cicatriser et n\u00e9cessitent des soins. Il a du mal \u00e0 marcher. Il est sans papiers, sans logement. Le centre de soins opte donc pour une prise en charge pluridisciplinaire, avec un suivi m\u00e9dical, psychologique et un accompagnement social et juridique. C&#8217;est la combinaison de ces diff\u00e9rentes formes de soutien qui a permis \u00e0 Monsieur X de s&#8217;ancrer dans le pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle \u00e9tait la demande de r\u00e9paration corporelle de ce patient et quels en \u00e9taient les enjeux ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pamela der Antonian<\/strong> : Ce monsieur pr\u00e9sentait une fracture complexe du pied en lien avec un traumatisme dont il avait gard\u00e9 une d\u00e9formation. Il avait le mollet tr\u00e8s atrophi\u00e9. Sa jambe n&#8217;\u00e9tait plus irrigu\u00e9e par l&#8217;oxyg\u00e8ne et les vaisseaux sanguins, ce qui engendrait des ulc\u00e8res sur sa peau. Par ailleurs, il subissait constamment des rechutes de douleurs qui entrainaient un effet sur son \u00e9tat psychique. C&#8217;est un homme qui pr\u00e9sentait des r\u00e9miniscences, avec des \u00e9tats de dissociation. En consultation, il regardait dans le vide, souvent mutique. Tout le travail effectu\u00e9 conjointement avec la psychologue aura \u00e9t\u00e9 de le sortir de la honte. Cette honte \u00e9tait associ\u00e9e aux violences sexuelles dont il avait \u00e9t\u00e9 victime.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nathalie Dollez<\/strong>&nbsp;: Ce qui \u00e9tait nodale chez ce monsieur, c&#8217;\u00e9tait en effet la question du viol. Ces violences arrivent assez souvent en prison, mais les hommes l\u2019\u00e9voquent encore moins que les femmes. Les bourreaux le for\u00e7aient \u00e0 avoir des relations sexuelles en \u00e9change de nourriture et c&#8217;est \u00e0 partir du moment o\u00f9 il a refus\u00e9 ouvertement d&#8217;\u00eatre l&#8217;objet sexuel de ses ge\u00f4liers que ceux-ci l&#8217;ont bless\u00e9 \u00e0 la jambe. Et puis il y a eu ces paroles additionnelles&nbsp;aux violences physiques : \u00ab&nbsp;Personne ne sait que tu es l\u00e0, on ne viendra jamais te rechercher, tu mourras ici.&nbsp;\u00bb Cette blessure est devenue la marque des repr\u00e9sailles exerc\u00e9es par les bourreaux. Le patient pouvait parler de sa jambe handicap\u00e9e mais pas des violences sexuelles pr\u00e9c\u00e9dant cette blessure. Il a abord\u00e9 le sujet plus d\u2019un un an apr\u00e8s le d\u00e9but de sa prise en charge, de mani\u00e8re tr\u00e8s succincte, parce qu\u2019il y avait un enjeu juridique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PDA<\/strong>&nbsp;: D&#8217;autant que ce monsieur avait une gyn\u00e9comastie, c&#8217;est-\u00e0-dire une glande mammaire d\u00e9velopp\u00e9e. Je lui avais dit que c&#8217;\u00e9tait hormonal et qu&#8217;on pouvait en parler, qu&#8217;on pouvait la retirer. C&#8217;\u00e9tait d&#8217;autant plus dur qu&#8217;il en subissait les remarques pendant les sc\u00e8nes par ses bourreaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ND<\/strong>&nbsp;: Toutes ces atteintes, aussi bien physiques que verbales, avaient aussi pour but de le f\u00e9miniser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PDA<\/strong>&nbsp;: Il avait \u00e9t\u00e9 humili\u00e9 avec ces paroles. Il ne souffrait donc pas que de sa jambe mais aussi des associations qu&#8217;il faisait entre sa blessure et son traumatisme sexuel. La honte li\u00e9e \u00e0 ces intrusions de l&#8217;intime le r\u00e9duisait au silence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment prendre soin de ce corps apr\u00e8s de telles violences&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PDA<\/strong>&nbsp;: De ma place de m\u00e9decin, je suis partie de la l\u00e9sion puisqu&#8217;au d\u00e9part, ce patient n\u00e9cessitait des soins aigus associ\u00e9s \u00e0 une profonde volont\u00e9 de r\u00e9paration. Je me suis donc tourn\u00e9e vers un centre hospitalier o\u00f9 j&#8217;ai collabor\u00e9 avec une m\u00e9decin vasculaire. \u00c0 mon sens, le processus de r\u00e9paration a commenc\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un \u00e9tat des lieux de cette partie du corps. La prise en charge a commenc\u00e9 par des \u00e9chographies, puis des radios, des consultations. La m\u00e9decine apportait \u00e0 cet homme des explications, des d\u00e9tails, des descriptions mis en lumi\u00e8re par des examens. Et c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que ce monsieur a commenc\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer sa parole, petit \u00e0 petit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ND<\/strong>\u00a0: C\u2019est un monsieur qui \u00e9tait tr\u00e8s silencieux. Il \u00e9tait discret m\u00eame dans l\u2019\u00e9vocation de ses souffrances physiques. Ce mutisme \u00e9tait en partie li\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019humiliation, \u00e0 la honte de son intimit\u00e9 effract\u00e9e par le pass\u00e9 et \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019impuissance\u00a0\u00bb de son corps pr\u00e9sent, de ce qu\u2019il ne lui permettait plus de faire\u00a0: marcher sur de longues distances, porter des charges lourdes. Faire l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019\u00eatre l\u2019objet de jouissance de l\u2019autre est difficilement dicible. La honte et la culpabilit\u00e9 sont des affects puissants qui verrouillent la parole. Le recours qu\u2019il a choisi de faire aupr\u00e8s de la CNDA, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9bout\u00e9 du droit d\u2019asile, n\u00e9cessitait un compl\u00e9ment d\u2019\u00e9l\u00e9ments r\u00e9cents mais aussi des pr\u00e9cisions sur la p\u00e9riode de d\u00e9tention et les atteintes physiques dont il avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet. C&#8217;est \u00e0 partir de ce moment qu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 de transmettre ces informations tr\u00e8s intimes qui pouvaient compl\u00e9ter le dossier du recours. Il faut vraiment une contrepartie puissante pour affronter de nouveau des humiliations inflig\u00e9es et en t\u00e9moigner. C\u2019est important que \u00e7a ait pu circuler d\u2019abord par la parole dans l\u2019espace des s\u00e9ances. Les souffrances physiques \u00e9taient li\u00e9es aux blessures, elles-m\u00eames li\u00e9es aux violences sexuelles entrain\u00e9es par sa volont\u00e9 de pr\u00e9server son intimit\u00e9<strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le cas de ce monsieur, la r\u00e9paration n&#8217;est donc pas pass\u00e9e par le corporel&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PDA&nbsp;<\/strong>: En un sens, il y a eu une r\u00e9paration corporelle parce qu&#8217;\u00e0 chaque fois que ce monsieur r\u00e9alisait lui-m\u00eame ses soins, les plaies cutan\u00e9es cicatrisaient. A l&#8217;inverse, d\u00e8s qu\u2019il marchait trop, qu\u2019il \u00e9tait stress\u00e9, qu\u2019il r\u00e9alisait beaucoup de d\u00e9marches, les l\u00e9sions apparaissaient \u00e0 nouveau. Mais pour \u00e9largir le sujet, il s&#8217;agit surtout pour les patients de parcourir le chemin symbolique de la r\u00e9paration. Certains choisissent de ne pas op\u00e9rer leur corps. Ils trouvent une mani\u00e8re de faire avec. Recourir \u00e0 la chirurgie n&#8217;est pas une solution indispensable lorsqu&#8217;un travail autour du traumatisme est engag\u00e9. Beaucoup de patients ont eu des atteintes fonctionnelles ou cutan\u00e9es, avec des enjeux esth\u00e9tiques. L&#8217;id\u00e9e n&#8217;est pas de se pr\u00e9cipiter vers des chirurgiens, d&#8217;autant que la chirurgie am\u00e8ne aussi une douleur, recr\u00e9e une plaie\u2026 Le travail r\u00e9alis\u00e9 avec ce monsieur t\u00e9moigne en profondeur de ce qui se passe chez un patient atteint de traumatisme corporel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Donc, ne pr\u00eater attention qu&#8217;\u00e0 ce qui est apparent au niveau du corps ne suffit pas. Qu&#8217;est-ce qui participe aussi \u00e0 cette r\u00e9paration symbolique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ND<\/strong>&nbsp;: L\u2019obtention du statut de r\u00e9fugi\u00e9, la mise \u00e0 l\u2019abri dans un logement redonnent enfin du souffle, du mouvement. Je pense que la r\u00e9paration s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 partir du moment o\u00f9 il a pu v\u00e9ritablement commencer une vie en France. Il est rest\u00e9 longtemps sans papiers et il tenait vraiment \u00e0 apprendre le fran\u00e7ais afin de pouvoir effectuer par la suite une formation professionnelle. Il a pu envisager et s\u2019engager dans un nouveau parcours, qui d\u00e9sormais, sollicitait moins son corps handicap\u00e9 par cette blessure. Mais pour cela, il \u00e9tait n\u00e9cessaire qu\u2019il fasse le deuil de son corps d\u2019avant, celui qui lui permettait de faire des travaux physiques. Cette r\u00e9paration symbolique s\u2019est construite de mani\u00e8re progressive. \u00c0 titre d\u2019exemple, il n\u2019a pu \u00e9voquer ses enfants en consultation qu\u2019au bout de plusieurs mois. Il ne les avait jamais mentionn\u00e9s auparavant. Cette absence de parole autour de sa filiation vient donc dire \u00e0 quel point cette posture de p\u00e8re, pour lui, \u00e9tait compl\u00e8tement entam\u00e9e par un corps qui avait \u00e9t\u00e9 f\u00e9minis\u00e9 par le viol. Il s\u2019est r\u00e9appropri\u00e9 sa place symboliquement dans la parole. C&#8217;est un des effets d\u2019un mieux-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est int\u00e9ressant cette pr\u00e9cision sur le fait de s\u2019auto-soigner. Il faut savoir que cet homme \u00e9tait log\u00e9 dans un lieu o\u00f9 les conditions sanitaires \u00e9taient tr\u00e8s pr\u00e9caires. Malgr\u00e9 la salet\u00e9 de cet h\u00e9bergement, il parvenait \u00e0 rester tr\u00e8s digne. Il avait m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 se procurer une tondeuse pour se coiffer. C&#8217;\u00e9tait son seul bien et on le lui a vol\u00e9. Il \u00e9tait toujours tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant, tr\u00e8s \u00ab&nbsp;soign\u00e9&nbsp;\u00bb dans sa pr\u00e9sentation, il tenait \u00e0 cette forme de politesse pour lui-m\u00eame et les autres. Il a r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9server un semblant, une pr\u00e9sentation raffin\u00e9e de lui-m\u00eame sur la sc\u00e8ne sociale, malgr\u00e9 ce qui s\u2019effritait sous le v\u00eatement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sortir du traumatisme passe-t-il par une r\u00e9appropriation de ce corps&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PDA&nbsp;<\/strong>: De ce que je peux observer de ma place de m\u00e9decin, les patients parviennent souvent \u00e0 d\u00e9clencher des demandes \u00e0 partir de douleurs physiques. Ils ressentent le besoin de faire une cartographie de leur corps et d&#8217;interpeller des intervenants m\u00e9dicaux sp\u00e9cialis\u00e9s. Cela a son importance car cet \u00e9tat des lieux restitue du savoir, rend le patient conscient de son corps et r\u00e9tablit un pouvoir le concernant. Cette phase d&#8217;information, d&#8217;exploration m\u00e9dicale restaure quelque chose sur lui-m\u00eame. J\u2019ai des patients qui se lancent avec moi dans une d\u00e9marche chirurgicale, mais qui n\u2019aboutit pas. Pour une raison ou pour une autre, le patient ne va pas se faire op\u00e9rer. Pourtant, le processus peut aller tr\u00e8s loin&nbsp;: jusqu\u2019au chirurgien qui pourrait faire le geste. Une fois l\u2019imagerie r\u00e9alis\u00e9e pour confirmer la suite de la prise en charge, le professionnel renvoie la demande au patient&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais vous, qu\u2019est-ce que vous ressentez maintenant ? Voulez-vous vraiment vous faire op\u00e9rer ?&nbsp;\u00bb Symboliquement, on lui restitue quelque chose. C&#8217;est une sorte de boucle de savoirs qui se r\u00e9alise et souvent, cette restitution transforme la demande initiale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ND<\/strong>&nbsp;: Est-ce que ce n\u2019est pas le propre du traumatisme, de laisser une trace&nbsp;? Le travail consiste \u00e0 ce que cela ne devienne pas envahissant, \u00e0 ce que cela s\u2019inscrive subjectivement au point que cela devienne une exp\u00e9rience du pass\u00e9. C\u2019est l\u2019espace du transfert qui garantit, dans l\u2019<em>ici et maintenant<\/em>, que cela advienne. Les patients disent souvent qu&#8217;ils veulent tout oublier, ils voudraient que ce r\u00e9el advenu n\u2019ait pas eu lieu. Sauf que c\u2019est impossible puisque \u00e7a a eu lieu. Les demandes de r\u00e9paration physique peuvent \u00eatre pens\u00e9es au travers du prisme de l&#8217;illusion. Une illusion, un espoir d\u2019effacement des supplices inscrits \u00e0 la surface du corps. Cette man\u0153uvre de la pens\u00e9e est certainement n\u00e9cessaire au d\u00e9part pour s&#8217;arrimer \u00e0 quelque chose, pour cheminer psychiquement. Il n&#8217;existe aucun temps de pr\u00e9paration dans le traumatisme, c&#8217;est uniquement \u00e0 rebours qu&#8217;il est possible de prendre le temps de l\u2019\u00e9laboration psychique, d\u2019une r\u00e9appropriation, laquelle passe par le constat des dommages et des marques laiss\u00e9s par les violences. C\u2019est un premier temps n\u00e9cessaire, un instant de voir qui induit des affects li\u00e9s au deuil notamment. Puis le temps pour comprendre, pour subjectiver les pertes r\u00e9elles, s\u2019enclenche. Le moment de conclure t\u00e9moigne d\u2019une reprise pulsionnelle, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un r\u00e9investissement du corps, de ce qu\u2019il peut permettre de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PDA<\/strong>&nbsp;: C\u2019est tr\u00e8s rare que la chirurgie soit dans la m\u00eame dynamique que celle du traumatisme. Je pense notamment \u00e0 des patientes victimes de violences sexuelles qui en gardent des s\u00e9quelles physiques. Elles peuvent avoir des myomes, l\u00e9sions dans l\u2019ut\u00e9rus que l&#8217;on doit souvent retirer compte tenu des cons\u00e9quences h\u00e9morragiques. Cependant, m\u00eame quand ces femmes se font op\u00e9rer, la notion du traumatisme perdure. Cela n\u2019engendre pas la restauration esp\u00e9r\u00e9e. Les cicatrices, les douleurs du corps am\u00e8nent une r\u00e9miniscence. Si le projet initial des patients porte bien sur la r\u00e9paration, c\u2019est plut\u00f4t de l\u2019ordre de l\u2019effacement, de l\u2019\u00e9vitement. Et puis au fil du temps, cette demande se modifie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ND&nbsp;<\/strong>: Tout l&#8217;accompagnement, consiste \u00e0 ce que les patients fassent un pont avec la vie au pr\u00e9sent. Qu&#8217;ils aillent moins vers les reviviscences et s\u2019ancrent dans la r\u00e9alit\u00e9. Avec la honte et l\u2019humiliation des violences subies, la personne se retrouve d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de son corps. Celui-ci ne lui appartient plus, les moments de dissociations amplifient ces ressentis. La question est de savoir comment se r\u00e9approprier ce corps que l\u2019on a et dont le sujet s\u2019est senti d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience de la torture. Au Centre Primo Levi, les patients ont tellement \u00e9t\u00e9 soustraits de leur corps, notamment au travers de l\u2019exp\u00e9rience de douleurs extr\u00eames, que pour que celui-ci puisse \u00ab&nbsp;parler&nbsp;\u00bb (pr\u00e9senter des sympt\u00f4mes) encore faut-il qu\u2019il soit r\u00e9investi pulsionnellement. Ce dont les patients font \u00e9tat, ce sont plut\u00f4t de ph\u00e9nom\u00e8nes hallucinatoires (hallucinations kinesth\u00e9siques, visuelles, auditives), d\u2019\u00e9tats dissociatifs qui ne permettent plus la sensation d\u2019une unit\u00e9 avec leur corps. Soit ils ne le sentent plus, ils s\u2019en absentent, soit celui-ci s\u2019impose \u00e0 eux par des perceptions g\u00eanantes et inqui\u00e9tantes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis par Marie Dani\u00e8s<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9parer son corps pour ne plus porter les stigmates de la violence favoriserait-il un r\u00e9tablissement&nbsp;possible chez les personnes victimes de torture ? 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