{"id":73387,"date":"2024-07-02T16:06:01","date_gmt":"2024-07-02T14:06:01","guid":{"rendered":"https:\/\/primolevi.org\/ressource\/corps-et-psychotraumatisme-soigner-des-victimes-de-torture-exilees-en-france-copy-copy-copy-copy-copy"},"modified":"2024-07-02T16:08:14","modified_gmt":"2024-07-02T14:08:14","slug":"corps-et-psychotraumatisme-soigner-des-victimes-de-torture-exilees-en-france-copy-copy-copy-copy-copy","status":"publish","type":"ressource","link":"https:\/\/primolevi.org\/en\/ressource\/corps-et-psychotraumatisme-soigner-des-victimes-de-torture-exilees-en-france-copy-copy-copy-copy-copy","title":{"rendered":"Savoir \u00e9couter ce que les MNA ont perdu"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sans rep\u00e8res et seuls, les mineurs non accompagn\u00e9s provoquent \u00e0 la fois un sentiment d\u2019impuissance et de compassion. Helena D&#8217;Elia et Jacky Roptin, psychologues cliniciens et psychanalystes au Centre Primo Levi, rappellent la n\u00e9cessit\u00e9 de rester \u00e0 leur \u00e9coute pour les amener \u00e0 se construire un avenir.<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Quelles sont les probl\u00e9matiques psychologiques rencontr\u00e9es par ces jeunes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Helena D&#8217;Elia<\/strong> &#8211; Ce qui distingue ces jeunes des autres, c&#8217;est la violence qu&#8217;ils ont rencontr\u00e9e au moment de l&#8217;adolescence. Or, cette p\u00e9riode est conflictuelle car c&#8217;est le passage de l&#8217;enfance \u00e0 la vie adulte, que chaque individu vit dans la singularit\u00e9 de son histoire. L&#8217;enfant quitte ses rep\u00e8res pour se tourner vers d&#8217;autres horizons afin de construire ses r\u00e9f\u00e9rences, son identit\u00e9 propre. A ce passage s&#8217;ajoute pour ces jeunes, une rencontre avec un autre pris dans une violence extr\u00eame, venant du contexte social, politique. Qu&#8217;elle soit d\u2019ailleurs v\u00e9cue ou imagin\u00e9e pour ceux qui n&#8217;\u00e9taient pas dans la sc\u00e8ne des \u00e9v\u00e8nements : meurtres des proches, disparitions, actes de torture&#8230; Face \u00e0 cet autre tout puissant, le jeune se retrouve fig\u00e9 dans un sentiment d&#8217;impuissance pendant ce moment d\u00e9j\u00e0 conflictuel par l&#8217;\u00e9mergence des excitations sexuelles, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de latence. A la s\u00e9paration des rep\u00e8res familiaux qui conduit l&#8217;enfant \u00e0 la vie adulte, se superpose une rupture engendrant des pertes et des deuils difficiles, voire impossibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont arrach\u00e9s \u00e0 leur monde pour se retrouver seuls, l\u00e2ch\u00e9s ici. C&#8217;est un moment de d\u00e9sarroi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacky Roptin <\/strong>&#8211; L\u2019expression \u00ab&nbsp;mineur non accompagn\u00e9s&nbsp;\u00bb n\u2019est pas une expression neutre, dans le sens o\u00f9 elle n\u2019est pas sans effet. Alors qu&#8217;il s&#8217;agissait de mettre l&#8217;accent sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ces jeunes, elle a tendance, paradoxalement, \u00e0 induire que ces mineurs sont sans origine, sans histoire et \u00e0 faire table rase du pass\u00e9. Or le poids des relations ou de leur absence, sur lesquelles ces mineurs se sont construits, reste un \u00e9l\u00e9ment essentiel. Le poids de l\u2019histoire relationnelle est marqu\u00e9 avant tout par les \u00e9v\u00e9nements ayant conduit \u00e0 l\u2019exil. Pour ces jeunes, la mort n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 qu\u2019un discours lointain, une rencontre malencontreuse, fugace. Elle est bien au contraire r\u00e9elle et s\u2019est souvent montr\u00e9e insistante. Avec l\u2019impression, comme l\u2019\u00e9voquent ces jeunes mineurs, \u00ab&nbsp;qu\u2019elle ne vous l\u00e2che plus&nbsp;\u00bb. Le doute qu\u2019ils renvoient aux adultes est d\u2019autant plus fort que les \u00e9preuves subies les ont pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e9loign\u00e9s de l\u2019enfance, arrach\u00e9s \u00e0 une tutelle parentale et que l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019exil a \u00e9t\u00e9 souvent subie sous le joug d\u2019autres adultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ils ne renaissent pas \u00e0 leur arriv\u00e9e en France. Dans les signes ou les sympt\u00f4mes qu\u2019ils nous adressent parfois (que ce soient l\u2019angoisse, les attitudes de s\u00e9duction, les attitudes de revendications, l\u2019agressivit\u00e9, le retrait ou l\u2019isolement), nous, les autres, les adultes, sommes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents. Et nous devons composer avec ce \u00ab d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 \u00bb, avec ces diff\u00e9rentes figures adultes qui ont jalonn\u00e9 le parcours de ces jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019en est-il de la place des parents ou des figures parentales pour ces jeunes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JR<\/strong> &#8211; Concernant les parents, une grande partie des jeunes patients que l\u2019on re\u00e7oit au centre ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille, parfois dans des circonstances violentes. Certains de ces parents ont disparu, sans qu\u2019on les retrouve, d\u2019autres n\u2019ont jamais pu b\u00e9n\u00e9ficier de fun\u00e9railles ou alors le jeune n\u2019a pu y assister. Pour eux, la tristesse s&#8217;accompagne d&#8217;un sentiment plus ou moins fort de culpabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du parent d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Le jeune peut avoir l\u2019impression de ne pas avoir suffisamment aim\u00e9 le disparu, voire, avoir inconsciemment d\u00e9sir\u00e9 dans son enfance qu\u2019il disparaisse au cours de conflits avec lui, comme chez tout enfant. Sans deuil, le d\u00e9funt vient alors envahir l\u2019espace psychique. Ceci peut se traduire par un sentiment de d\u00e9valorisation et une peur de perte de l\u2019amour parental conduisant l&#8217;enfant \u00e0 imaginer une agressivit\u00e9 envers lui par le parent d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Pour certains, cette culpabilit\u00e9 peut aussi s\u2019\u00e9prouver face au sentiment de responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la famille rest\u00e9e au pays, parfois une m\u00e8re ou un jeune fr\u00e8re, dont ils auraient d\u00fb avoir la charge, au regard des r\u00f4les prescrits dans leur communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HDE<\/strong> \u2013 La prise en charge par l&#8217;Aide Sociale \u00e0 l&#8217;Enfance (ASE) peut rassurer ces jeunes dans un premier temps \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;ils se trouvent dans une grande ins\u00e9curit\u00e9. A leur arriv\u00e9e au foyer, ils investissent ce nouvel univers comme si c&#8217;\u00e9tait un univers familial. Ils sont en demande d&#8217;attention, d&#8217;affect de la part de ceux qui les accueillent. Mais paradoxalement, qu&#8217;ils re\u00e7oivent ou non cette affection, ils rentrent en conflit avec les \u00e9ducateurs en tant que r\u00e9f\u00e9rents (en place d&#8217;autorit\u00e9 pour eux), voire, de substitut familial. Certains ont m\u00eame tendance \u00e0 investir et attendre de l&#8217;investissement d&#8217;affect de leur part. C&#8217;est une d\u00e9ception car il n&#8217;en est rien&nbsp;; cela les plonge dans un \u00e9tat conflictuel et confusionnel. Plus tard, dans le travail th\u00e9rapeutique, cela se r\u00e9v\u00e8lera comme un sentiment de trahison envers leur famille dont ils n&#8217;ont pu faire le deuil. En effet, lorsqu&#8217;il y a rupture et perte de la famille, celle-ci devient intouchable et idol\u00e2tr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie collective est pour eux une source de honte car ils se sentent diff\u00e9rents des autres, sans famille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cadre des institutions publiques est-il adapt\u00e9 \u00e0 eux&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JR<\/strong> &#8211; Les mineurs non accompagn\u00e9s doutent des repr\u00e9sentations qu\u2019ils ont d\u2019eux-m\u00eames. Bien qu&#8217;elles d\u00e9pendent de leur histoire pass\u00e9e, elles ne peuvent \u00eatre isol\u00e9es du cadre de prise en charge. Car celui-ci fa\u00e7onne \u00e9galement les images sur lesquelles ils se construisent \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Aujourd\u2019hui, leur accueil n\u2019est pas \u00e0 la hauteur de l\u2019enjeu car pour certains, il est encore trop al\u00e9atoire. Il ne garantit pas toujours une protection suffisante pour l\u2019enfant qui n&#8217;en comprend pas toujours l\u2019ordonnancement, ni les responsabilit\u00e9s respectives de chacun. Dans ces conditions, m\u00eame l\u2019investissement important au quotidien des \u00e9ducateurs et des r\u00e9f\u00e9rents n\u2019\u00e9limine pas le doute et l\u2019angoisse chez le jeune. Les carences de prise en charge observ\u00e9es (absence prolong\u00e9e de scolarit\u00e9, mise \u00e0 l\u2019abri ou isolement h\u00f4telier prolong\u00e9, absence d\u2019information sur la demande d\u2019asile, absence de proposition de projet \u00e9ducatif et professionnel, placement peu adapt\u00e9 o\u00f9 parfois se confondent&nbsp; \u00ab&nbsp;enfant en danger&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;enfant socialement dangereux&nbsp;\u00bb) peuvent avoir des cons\u00e9quences importantes psychologiquement, en plus de diff\u00e9rer leurs droits. Dans certains cas, elles peuvent conduire ces jeunes \u00e0 l&#8217;errance, d\u00e9solidaris\u00e9s des n\u00e9cessit\u00e9s de leur \u00e2ge. Cela peut perp\u00e9tuer un parcours d\u2019exil, o\u00f9 ils se sentent encore maintenus dans des espaces \u00e0 la marge, \u00e0 la fronti\u00e8re, \u00e0 la limite du continent humain (faisant \u00e9cho pour certains \u00e0 ces espaces de confinement rencontr\u00e9s sur la route, du camp de r\u00e9fugi\u00e9s au centre de r\u00e9tention). Ce n\u2019est que dans le plein respect des obligations des institutions envers ces jeunes que ceux-ci seront \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9prouver et d\u2019interroger les enjeux de leur exil et de leur responsabilit\u00e9 concernant l\u2019investissement d\u2019un projet. L\u2019exigence souvent exprim\u00e9e envers ces mineurs isol\u00e9s ne peut se fonder que sur une m\u00eame exigence pr\u00e9alable, celle de l\u2019observation de leurs droits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sont-ils plus m\u00fbrs, plus ind\u00e9pendants, plus forts qu\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient&nbsp;apr\u00e8s avoir travers\u00e9 toutes ces \u00e9preuves?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JR \u2013 <\/strong>Si pendant l&#8217;exil, la perspective du pays d&#8217;accueil est porteuse d&#8217;espoir pour le jeune, on peut avoir l\u2019impression que certains ont pu, tout au long de leur parcours, mettre en place comme on aime \u00e0 les nommer \u00ab&nbsp;des m\u00e9canismes d\u2019adaptation&nbsp;\u00bb contre le stress, l\u2019angoisse. Ce sont des aptitudes d\u00e9velopp\u00e9es face \u00e0 la crainte de dangers et \u00e0 des relations humaines dont la m\u00e9fiance et la d\u00e9fiance \u00e9taient souvent la r\u00e8gle. Cependant, notre pratique clinique nous apprend qu\u2019\u00e0 court ou moyen terme ce sont avant tout des exp\u00e9riences d\u00e9sorganisatrices et que ces dits \u00ab&nbsp;m\u00e9canismes&nbsp;\u00bb s\u2019av\u00e8rent souvent inop\u00e9rants. En tant que psychologue, ils ont plut\u00f4t valeur de sympt\u00f4mes contre l\u2019angoisse face \u00e0 l\u2019interrogation sur la place que l\u2019on occupe dans le d\u00e9sir des autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HDE \u2013<\/strong> Il ne faut pas confondre la maturit\u00e9 avec le traumatisme. Ces jeunes ne sont pas si m\u00fbrs. Ils ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s et sont rest\u00e9s fig\u00e9s au moment o\u00f9 la violence s&#8217;est pass\u00e9e. Ils sont d\u00e9vast\u00e9s. Ils peuvent chercher \u00e0 s&#8217;isoler des autres pour ne pas subir des \u00e9tats de variation d&#8217;humeur, par exemple. La plupart sont cycliques et peuvent rapidement tomber dans une agressivit\u00e9 ou dans l&#8217;effondrement, suite \u00e0 une parole, un geste. Mais leur s\u00e9rieux peut traduire une tr\u00e8s grande m\u00e9fiance aussi. De m\u00eame qu&#8217;ils ont un grand sens des responsabilit\u00e9s. Ils sont oblig\u00e9s de s&#8217;accrocher \u00e0 quelque chose, \u00e0 un avenir qui est \u00e0 la fois porteur d&#8217;espoir et d&#8217;angoisse. Ils se doivent d&#8217;\u00eatre s\u00e9rieux, de faire des \u00e9tudes parce qu&#8217;ils savent que cet avenir, ils le construiront seuls.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JR<\/strong> &#8211; Il faut rappeler que la premi\u00e8re ann\u00e9e est tr\u00e8s difficile. Pass\u00e9e la p\u00e9riode de r\u00e9pit et de mise \u00e0 l\u2019abri \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e (quand celle-ci existe), les premiers mois sont souvent un temps d\u2019effroi ou on comptabilise les coups, les horreurs, les manques, les pertes, le plus souvent irr\u00e9m\u00e9diables et sans retour. Dans ces configurations o\u00f9 les difficult\u00e9s actuelles font \u00e9cho aux souffrances pr\u00e9c\u00e9demment v\u00e9cues, l\u2019angoisse et la culpabilit\u00e9 sont importantes. Si le suicide est rarement l\u2019horizon de ces situations, il est souvent \u00e9voqu\u00e9 par ces jeunes. La mort, qui s\u2019est parfois montr\u00e9e un compagnon de route envahissant peut continuer \u00e0 vivre chez nombre d\u2019entre eux. Les d\u00e9bordements \u00e9motionnels qu\u2019elle suscite peuvent en partie nous faire saisir leur discours suicidaire comme le seul horizon d\u2019un apaisement. Mais souvent, ces discours s&#8217;intensifient si ces jeunes \u00e9prouvent des difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019appuyer sur un lien relationnel consistant et fiable, \u00e0 m\u00eame d\u2019apaiser ce sentiment de soi menac\u00e9. Si le discours suicidaire prend corps dans les \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus, il s&#8217;entretient surtout dans la fragilit\u00e9 du lien \u00e0 l\u2019autre ressenti par le jeune (multiplication des acteurs, difficult\u00e9 \u00e0 se projeter dans un avenir s\u00e9curisant&#8230;). L\u2019absence d\u2019un reflet de lui-m\u00eame assur\u00e9 dans le regard de l\u2019autre peut le faire basculer dans un sentiment d\u2019ab\u00eeme. Les plus fragiles pensent alors que leur existence n\u2019est plus n\u00e9cessaire ou d\u00e9sir\u00e9e, qu\u2019elle serait juste contingente, accidentelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas appr\u00e9hender les conduites \u00e0 risques comme une volont\u00e9 d\u2019en finir mais comme n\u00e9cessit\u00e9 de s\u00e9paration des autres, face \u00e0 un lien et un avenir qui n\u2019offrent aucune garantie et qui sont v\u00e9cus comme \u00e9tant trop angoissants. Dans l\u2019imaginaire, ce n\u2019est peut-\u00eatre plus la mort qui se profile par le passage \u00e0 l\u2019acte, mais un affranchissement des autres, du poids de l\u2019attachement et du regard.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O\u00f9 se situe le travail th\u00e9rapeutique avec ces jeunes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>HDE<\/strong> \u2013 Le travail th\u00e9rapeutique permet au jeune de r\u00e9aliser la perte ou la disparition de sa famille. Tant que le deuil n&#8217;est pas effectu\u00e9, son investissement aupr\u00e8s des \u00e9ducateurs ou des accueillants du foyer sera conflictuel. Il s&#8217;agit de d\u00e9nouer tous ces sentiments m\u00eal\u00e9s, li\u00e9s aux deuils, aux projections qui vont se jouer dans ces lieux d&#8217;accueils. Mais aussi de supporter avec eux cette solitude, cette tristesse et les aider \u00e0 compter sur leurs propres ressources. La prise en charge par l&#8217;ASE est temporaire. Ce moment d&#8217;accompagnement doit leur servir \u00e0 acqu\u00e9rir le maximum de choses, afin que ces jeunes puissent affronter leur avenir. Certains s&#8217;en saisissent tr\u00e8s rapidement. Ils sont m\u00eame capables de modifier leurs rapports aux \u00e9ducateurs. Au lieu d&#8217;\u00eatre dans un affrontement conflictuel, ils commencent \u00e0 exprimer ce qu&#8217;ils pensent et ce qu&#8217;ils souhaitent en posant clairement leur demande. Ils acceptent les limites de ce que peut donner l&#8217;institution et celle-ci n&#8217;est plus v\u00e9cue comme un substitut familial. Pour d&#8217;autres, un sentiment de pers\u00e9cution et d&#8217;injustice peut persister comme effet de la violence subie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en revenir \u00e0 la tristesse dans la vie collective, il est important d&#8217;accepter que certaines activit\u00e9s du foyer (dates comm\u00e9moratives, festives&#8230;) puissent \u00eatre v\u00e9cues comme des moments tr\u00e8s difficiles pour les jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JR <\/strong>\u2013 Le premier temps de la prise en charge est toujours un temps de s\u00e9curisation, de restauration d\u2019une certaine estime de soi. Une fois moins conflictuelle, la relation devient plus tol\u00e9rable et l\u2019abord de l\u2019histoire et des conflits relatifs \u00e0 l\u2019enjeu inconscient de ces nouvelles relations, moins perturbant pour le jeune.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est seulement dans le creuset du langage et du dialogue que l\u2019enfant peut, sans peur d\u2019y chuter, d\u00e9poser un monde int\u00e9rieur et imaginaire morcel\u00e9. Le silence entourant la place \u00e0 laquelle on les am\u00e8ne peut \u00eatre p\u00e9trifiant et ent\u00e9rine l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils sont encore hors de nos fronti\u00e8res. Ainsi, la parole durant la consultation psychologique ne vient pas seulement soulager le jeune par l\u2019\u00e9cho de ce qui r\u00e9sonne en eux, mais elle permet aussi de le r\u00e9inscrire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos fronti\u00e8res par la rencontre et le dialogue qui s\u2019y instaurent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans rep\u00e8res et seuls, les mineurs non accompagn\u00e9s provoquent \u00e0 la fois un sentiment d\u2019impuissance et de compassion. Helena D&#8217;Elia et Jacky Roptin, psychologues cliniciens et psychanalystes au Centre Primo Levi, rappellent la n\u00e9cessit\u00e9 de rester \u00e0 leur \u00e9coute pour les amener \u00e0 se construire un avenir. 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