Afghanistan : « l’urgence l’exigeait »

Lorsque les talibans se rapprochent dangereusement de Kaboul en juillet 2021, la stupeur est grande, mais le choc est encore plus important pour nos patients afghans et vient réveiller les angoisses de séparation et la peur de la disparition.

« Personne ne pensait que la situation allait basculer aussi rapidement », dit Élise Plessis, assistante sociale au Centre Primo Levi, qui a suivi de près la situation d’une famille afghane pendant l’été 2021. Le père et la mère sont en France, mais une partie de la famille est restée à Kaboul. C’est une famille progressiste et l’arrivée des talibans est pour elle un vrai danger. Des tentatives pour sortir du pays ont déjà été faites les années précédentes, mais sans succès. « Autour du 15 juillet, l’agitation est réelle », poursuit Élise, « il faut les faire absolument sortir du pays, je reçois donc la mère au Centre à Paris, qui est très atteinte, avec son fils. Nous évoquons une évacuation par avion, par Islamabad, car il est encore possible de prendre un vol régulier, mais le prix du billet est beaucoup trop élevé. Nous sommes en contact quotidien avec la famille restée en Afghanistan, nous recoupons les infos, entre eux et nous. J’essaye d’apporter un appui extérieur, de les rassurer ». Finalement, l’aéroport de Kaboul est encerclé, la famille se trouve dans la cohue. Grâce à un contact en France, elle parvient à être inscrite sur une liste de l’Ambassade de France : « Ils étaient sur cette liste », témoigne Élise, « mais ils ne savaient pas comment passer, nous avions alerté la cellule de crise du ministère des Affaires étrangères, il fallait une bonne coordination entre eux et nous, il fallait tenir dans le chaos ». Ils réussissent à franchir les contrôles, alors que les derniers avions décollent, et à embarquer pour Abu Dhabi, mais sans avoir la certitude de rejoindre la France, ce qu’ils parviennent à faire au final. Le Centre Primo Levi intervient alors auprès de l’OFII[1], qui gère les conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile, afin que la famille puisse être réunie en Ile-de-France plutôt qu’éparpillée sur tout le territoire. « La famille s’est retrouvée, je les suis maintenant au niveau social, il s’est noué quelque chose de magnifique dans cette histoire, ça a été un moment fondateur », estime Élise. « En décembre, ils ont obtenu le statut de réfugiés. »

À la question de savoir pourquoi l’équipe du Centre Primo Levi s’est mobilisée dans l’urgence, loin de son mandat habituel, elle répond : « Il fallait sauver cette famille. Cette dimension d’urgence est là, elle est sous-jacente dans l’action du Centre, dans notre pratique, comme cette fois en Afghanistan où l’urgence géopolitique l’exigeait. »


L’Afghanistan est présent depuis longtemps au Centre Primo Levi. En 2021, il était le quatrième pays en termes de provenance des patients accueillis avec 32 personnes (+ 23 % par rapport à 2020). Parmi celles-ci, on décomptait principalement des hommes majeurs, célibataires, ainsi qu’une dizaine de mineurs (en famille ou non accompagnés). Enfin, la moitié étaient demandeurs d’asile ou réfugiés statutaires. Les autres avaient été déboutés, « dublinés », ou encore étaient des mineurs isolés.


[1] Office français de l’immigration et de l’intégration