Colloque « Silences et écoute »

Colloque du Centre Primo Levi, 30 et 31 mars 2023, Espace Niemeyer, Paris, 19ème

Quand les armes parlent, les lois se taisent écrivit le consul romain Cicéron. La violence politique n’oeuvre pas toujours dans le vacarme de la guerre, elle opère essentiellement de façon souterraine par la répression qui impose le silence. La torture extorque de faux aveux par le biais de la terreur et fait taire toute résistance. Elle vise à exiler le sujet de sa parole et brise son désir de partage dans le lien social. Elle réduit ses victimes au silence, autant dans l’espace public que dans l’espace privé.

Que recouvrent les silences de ceux qui ont été victimes de violence politique ? Sont-ils les traces muettes de ce qui lutte contre la sidération, la peur, la honte ou la culpabilité impossibles à traduire en paroles pour autrui ?  Ou signifient-ils la volonté d’oublier, d’effacer, ou de garder pour soi une parole dissidente supposée irrecevable, afin de préserver de la violence rencontrée celui ou celle qui l’écoute ?

Comme tout un chacun, les patients du Centre Primo Levi portent en eux un impossible à dire, redoublé par l’expérience de la violence inouïe infligée par l’autre humain. L’impact des traumatismes des patients perturbe les professionnels, individuellement et au niveau institutionnel. Culpabilité, sidération, angoisse, sentiment d’isolement, ou retrait, sont des effets possibles de transfert souvent agis car passés sous silence. Ils peuvent dévitaliser les liens avec un patient ou entre collègues. Dans le cadre de l’instruction de la demande d’asile, les affects de l’intime – honte, pudeur, terreur, méfiance – brisent l’élan de la parole du sujet. Là, il n’est pas rare que malgré eux, et malgré l’injonction d’élaborer les détails des scènes traumatiques, ils en taisent une partie. Or ces trous dans leur récit sont la preuve même de l’effet traumatique. Ceux qui sont déboutés du droit d’asile se retrouvent ensuite pris dans une vie muette, sans représentation aux marges de la société où seuls les lieux de soins et d’accueil ouvrent un espace d’écoute, en lutte contre leur exclusion et leur isolement.

Quelle place les professionnels accordent-t-ils à ce qui fait silence ? Comment font-ils avec ce réel qui gronde et qui traverse le corps des patients, à tout âge, et qui traverse peut-être leur propre corps ? Pour que cet impossible ne reste pas sans voix, ils doivent rencontrer une écoute non dirigée de la part des professionnels. Accueillir le sujet en respectant sa pudeur est une des fonctions primordiales du soignant. Écouter requiert un certain silence pour qu’une parole s’énonce et puisse résonner. La façon d’accueillir, d’entendre, ou d’interpréter se distinguera pour le (la) juriste, assistant(e) social(e), accueillant(e), le (la) médecin, le (la) psychanalyste et l’interprète.

Le présent colloque vise à encourager le dialogue entre praticiens de disciplines diverses, provenant de la clinique de la violence politique d’une part, et de la philosophie, du droit, de l’histoire, de l’écriture, des arts et de la musique de l’autre.

Écouter le silence inspire la création artistique ; mettre au travail, individuellement et collectivement, les silences traversés par les effets de la violence politique ne saurait se faire sans cette écoute des silences en soi.

Inscriptions et programme à venir.