Alors que l’enfance devrait être une période de construction, de découverte et d’épanouissement, les révélations répétées de violences faites aux enfants ont fait émerger une prise de conscience majeure : leur protection engage la responsabilité des adultes, des professionnels, des institutions et de la société tout entière. Pour les enfants dont l’histoire est marquée par la guerre, les violences politiques ou l’exil, protéger suppose aussi de reconnaître leurs blessures psychiques et de garantir un accès effectif aux soins.
Le Centre Primo Levi publie son manifeste « Une enfance empêchée : reconnaître et soigner le psychotraumatisme des enfants exposés aux violences politiques, à la guerre et à l’exil ».
Un appel à une parole collective et transversale, au service de la protection de tous les enfants.

Un psychotraumatisme encore trop peu repéré
En 2024, plus d’un enfant sur six dans le monde vivait dans une zone touchée par un conflit, et près de 50 millions avaient été déplacés (Unicef, 2024). Certains de ces enfants vivent ou naissent en France, portant avec eux les effets durables de la guerre, des violences politiques et de l’exil.
Au Centre Primo Levi, les mineurs représentent 20% des personnes accompagnées : certains ont eux-mêmes subi des violences, d’autres en ont été témoins ou grandissent avec l’impact psychique du traumatisme vécu par leurs proches.
Chez l’enfant, le psychotraumatisme peut se traduire par des difficultés scolaires, relationnelles ou comportementales, souvent mal interprétées. Sa souffrance s’exprime rarement par la parole : elle passe aussi par le corps, le jeu et les comportements. Son repérage exige donc un regard spécifique, des professionnels formés et une attention portée à la persistance des signes ainsi qu’à l’histoire de l’enfant et de sa famille.
Un parcours de soins à renforcer
La prise en charge de ces enfants repose aujourd’hui sur un maillage d’institutions qui n’a pas été pensé pour accueillir et repérer ces situations. Le manifeste appelle à former les professionnels en contact régulier avec les enfants – enseignants, référents UPE2A, médecins et infirmiers scolaires, psychologues de l’Éducation nationale, travailleurs sociaux de l’ASE – et à mieux prendre en compte les réalités des élèves allophones récemment arrivés en France, comme celles des enfants nés en France dont les parents sont eux-mêmes marqués par un psychotraumatisme.
L’accès aux soins reste également freiné par la saturation des services, le manque de structures adaptées et les défauts de coordination. Le Centre Primo Levi préconise de renforcer la continuité des parcours, de développer l’interprétariat professionnel et de favoriser une meilleure coordination entre l’école, la médecine scolaire et les structures de santé.
Au Centre Primo Levi, les enfants sont prioritaires à l’admission et bénéficient d’un accompagnement pluridisciplinaire, familial et dans la durée, associant notamment psychologues, médecins, travailleurs sociaux et juristes, avec un interprétariat professionnel si nécessaire. Les améliorations observées confortent la conviction du Centre : cette approche doit pouvoir bénéficier à davantage d’enfants.
Recommandations
Le Centre Primo Levi formule des recommandations pour garantir à tout enfant grandissant en France des conditions de développement en sécurité, en particulier à ceux ayant été confrontés, directement ou indirectement, à la guerre, aux persécutions et aux violences politiques.
- Former et sensibiliser au psychotraumatisme chez l’enfant.
- Garantir l’accès aux soins, pas seulement au diagnostic.
- Respecter le temps, la parole et la place de l’enfant dans le processus de soin – y compris dans la transition vers l’âge adulte.
- Soutenir les conditions du soin : liens, langue, coordination.
- Prendre en charge la systémie familiale.
