Communiqué de presse – Manifeste « Une enfance empêchée »

« Une enfance empêchée » : dans son dernier manifeste, le Centre Primo Levi alerte sur les failles dans la prise en charge des enfants exposés aux violences politiques et à la guerre

 

Dans son manifeste sorti le 29 septembre 2026, «Une enfance empêchée : reconnaître et soigner le psychotraumatisme des enfants exposés aux violences politiques, à la guerre et à l’exil », le Centre Primo Levi s’appuie sur plus de 30 ans d’expérience clinique pour documenter les souffrances des enfants confrontés, directement ou à travers leurs proches, à la guerre, aux violences politiques, et/ou à la torture. Le manifeste pointe les difficultés à repérer leurs psychotraumatismes et les insuffisances d’un parcours de soins fragmenté en France. Face à ces défaillances, l’association appelle à une mobilisation collective afin de faire de la protection de l’enfant et de ses besoins une priorité de l’action publique. Une réponse qui ne peut se limiter à l’accès aux soins : si le soin est une condition nécessaire, il ne devient pleinement efficace que lorsqu’il permet à ces enfants de se reconstruire, de renouer avec les autres et de retrouver durablement leur place dans la société. 

Un psychotraumatisme insuffisamment repéré et aux manifestations multiples 

En 2024, plus d’un enfant sur six dans le monde, soit 473 millions d’enfants, vivaient dans une zone touchée par un conflit. Près de 50 millions avaient été déplacés, dans leur pays ou hors de ses frontières. 

Parmi eux, certains vivent ou naissent en France, portant avec eux les effets durables de la guerre, des violences politiques et de l’exil. Le Centre Primo Levi accompagne ces enfants et leurs familles : les mineurs, de la petite enfance à l’entrée dans l’âge adulte, représentent 20% des patients accueillis. Certains ont eux-mêmes subi des violences, d’autres en ont été témoins ou grandissent avec l’impact psychique du traumatisme vécu par leurs proches.

Le psychotraumatisme dont souffrent ces enfants peut affecter leur humeur, leurs relations et leur capacité à investir leur quotidien. Souvent mal interprétées, ces manifestations sont confondues avec des difficultés scolaires, éducatives ou sociales, d’autant que la souffrance de l’enfant s’exprime moins par la parole que par le corps, le jeu ou les comportements. Le repérage du psychotraumatisme suppose donc un regard spécifique et des professionnels formés. Aucun signe ne suffit, à lui seul, à le caractériser : c’est leur persistance, leur association et leur inscription dans l’histoire de l’enfant et de sa famille qui permettent d’orienter le diagnostic et l’accompagnement. Le Centre Primo Levi explore dans ce manifeste la manière dont cette souffrance évolue avec l’âge et les étapes du développement de l’enfant.

Du repérage au soin : un parcours fragmenté

La prise en charge du psychotraumatisme des enfants repose sur un maillage d’institutions qui n’a pas été pensé pour accueillir et repérer ces situations. Le Centre Primo Levi appelle ainsi à former l’ensemble des professionnels en lien régulier avec les enfants (enseignants et référents UPE2A, médecins et infirmiers scolaires, psychologues de l’Éducation nationale, travailleurs sociaux de l’ASE et éducateurs) et susceptibles d’identifier le psychotraumatisme lié aux violences politiques, aux persécutions et à la guerre. Le manifeste souligne également la nécessité de mieux les préparer aux réalités des élèves allophones récemment arrivés en France, et aux situations d’enfants nés en France dont les parents sont eux-mêmes marqués par un psychotraumatisme.

Après le repérage vient l’accès au soin, lui aussi freiné par la saturation des services, le manque de structures adaptées et les défauts de coordination. Pour y remédier, le Centre Primo Levi préconise le renforcement de la continuité des parcours, notamment grâce au développement de structures assurant une prise en charge sans rupture entre les tranches d’âge, à un recours à l’interprétariat professionnel, et à une meilleure coordination entre l’école, la médecine scolaire et les structures de santé. Parmi les pistes avancées figurent le développement d’une véritable « culture du lien » entre ces acteurs et la création, au niveau des rectorats, d’espaces d’échange entre professionnels de l’école et de la santé. Il appuie également sur la nécessité d’une prise en charge familiale, pluridisciplinaire et holistique. Enfin, le Centre réaffirme la nécessité de conforter les capacités d’action des PMI, des CMP, des CMPP et de la pédopsychiatrie. 

Au Centre Primo Levi, une prise en charge globale de l’enfant et de sa famille

Depuis près de 30 ans, le Centre Primo Levi a mis en place un protocole d’accueil spécifique pour les enfants : prioritaires à l’admission, ils sont reçus directement par un psychologue et bénéficient d’un accompagnement pluridisciplinaire associant psychologues, médecins, kinésithérapeutes, travailleurs sociaux et juristes, avec un interprétariat professionnel si nécessaire, un accès à la pédopsychiatrie et un suivi dans la durée. L’association accepte également les orientations directes de l’ASE, des écoles, de la médecine scolaire, des CMPP ou des structures d’hébergement. 

Les améliorations observées chez les patients accompagnés confortent le Centre Primo Levi dans sa conviction que cette approche doit pouvoir bénéficier à davantage d’enfants, dans un contexte où les structures spécialisées dans la clinique du psychotraumatisme et de l’exil restent rares en France.

 

À propos du Centre Primo Levi

Créé en 1995, le Centre Primo Levi accompagne les personnes ayant fait face à la torture et aux violences politiques qui vivent aujourd’hui en France, en leur donnant accès à des soins adaptés pour réduire l’impact des traumatismes sur leur vie et favoriser leur insertion dans la société française. Il transmet son expertise sur le psychotraumatisme aux professionnels à travers un centre de formation actif sur l’ensemble du territoire. Le Centre Primo Levi se mobilise également pour défendre auprès des décideurs politiques des thématiques de santé publique et d’accès aux soins pour les plus vulnérables.

 

Contacts presse : Agence Initiale

Louison Oger – 06 31 39 17 22 – louison@agence-initiale.fr

Lory Créac’h – 06 84 65 74 38 – lory@agence-initiale.fr