Vivre libre, digne et en bonne santé est toujours une urgence.
Une urgence relative et dans ce relatif, il y a ce qui nous relie les uns aux autres.
Les urgences décrites dans ce numéro de Mémoires sont un révélateur de l’existence et de la qualité de nos liens.
Les urgences, la façon dont elles surviennent, la manière dont nous y répondons, nous disent où nous en sommes collectivement de l’exercice de nos solidarités.
« Pronostic social engagé », pour reprendre le titre très fort du texte de Pauline LANGLADE, l’une de nos assistantes sociales, et c’est bien cela qui est au cœur de la crise globale que nous vivons actuellement, qui contribue à produire des systèmes politiques liberticides, indignes et malades.
Chaque personne qui passe la porte du Centre Primo Levi porte en elle un témoignage et une alerte : le monde souffre de la violence et il est mal soigné.
Des victimes de cette violence deviennent un jour nos patients et nous les voyons arriver saisis d’un sentiment d’urgence.
Ils sont pris en charge par le service accueil, le bien nommé, qui a forgé au fil du temps une compétence précise et précieuse pour ce premier temps d’échange qui est aussi un temps premier, primordial.
Nos patients y expriment une urgence sociale, bien réelle, car une précarité multiforme ne cesse de grandir dans notre pays.
Urgence médicale ensuite, ressentie comme telle et qui bien souvent est le nom qu’ils donnent à leurs angoisses.
Urgence en Ukraine : c’est sous le choc du déclenchement de la guerre que certains psychiatres de l’hôpital de Lviv ont créé un dispositif spécifique baptisé UNBROKEN pour prendre en charge les traumas avec l’aide du Centre Primo Levi et de l’université de Yale.
Ce numéro de Mémoires rend compte de la manière dont notre équipe prend en charge ces urgences pour les apaiser et en décrypter les différentes significations.
Au fond, nos patients nous alertent sur l’urgence de notre temps, une urgence qui nous concerne tous car elle est de nature politique : le corps social est miné par la violence qui détruit les corps, les âmes et les liens.
C’est l’infra-violence quotidienne et diffuse de nos sociétés nerveuses, c’est celle, débridée, des guerres, c’est aussi son préalable : la violence verbale qui se répand partout, dans toutes les couches de la société et sur tous les terrains dans le sillage mauvais de dirigeants sans culture et sans conscience.
Il y a désormais urgence à réagir.
Au Centre Primo Levi nous sommes en alerte et plus que jamais engagés à résister par la solidarité et par le soin.
Et nous continuerons à témoigner.
Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi