Dans les trente ans d’histoire du Centre Primo Levi, l’année 2025 restera une année charnière : une année de grandes épreuves, mais aussi de relance et d’espoir.
Le Centre Primo Levi s’est toujours fait l’écho des violences du monde, mais aussi de ses résistances. En 2025, guerres, tortures, effondrements du collectif ont continué de détruire. Les conflits se sont durcis, les routes migratoires se sont refermées, les politiques publiques se sont affaiblies, les soutiens aux actions sociales et humanitaires ont reculé. À cette violence extérieure a répondu une secousse intérieure : le Centre a été durement touché dans ses moyens, alors même que sa mission n’avait jamais semblé aussi nécessaire.

Et pourtant, parce que sa vocation est de remettre du vivant là où la violence a voulu détruire, l’année 2025 a aussi été une année d’élan : reprise, réorganisation, fidélité à l’essentiel.
Cette année s’ouvrait sous le signe d’une nouvelle vie. Le Centre Primo Levi venait d’intégrer ses nouveaux locaux, aux abords du square René Le Gall, du nom d’un conseiller municipal, résistant, fusillé en 1942. Dans un lieu plus vert, plus clair, plus neuf, ce déménagement portait une promesse : de meilleures conditions d’accueil ; un lieu plus digne encore de ce qui s’y dépose chaque jour auprès de nos patients.
Ce passage s’inscrivait aussi dans un moment de transmission institutionnelle. Après le renouvellement du conseil d’administration et l’au revoir à des administrateurs engagés depuis de nombreuses années, le Centre saluait l’action exceptionnelle d’Antoine Ricard. Pendant dix ans de présidence, il a su faire entendre la voix singulière du Centre Primo Levi : une voix de l’humanisme, du soin, du droit et de la défense des victimes de violence politique. Nous avons accueilli un conseil d’administration renouvelé, réunissant des personnalités de l’action sociale, du monde associatif, de la communication et du droit.
Mais l’année 2025 a aussi été celle d’un choc économique brutal. Le Centre a été privé d’une part considérable de ses ressources, notamment publiques, dans le droit fil de l’effondrement général des soutiens aux actions sociales, sanitaires et humanitaires. Cette contraction a exigé un plan de réorganisation. Dans cette période de fragilité, nous voulons remercier nos membres fondateurs, l’ACAT, Médecins du Monde, Trêve, ainsi que les fondations et financeurs qui accompagnent nos actions. Leur présence, leur confiance et leur fidélité ont permis de tenir.
Ce plan d’action a imposé une refonte profonde de l’organisation. Il a aussi conduit à des décisions douloureuses, parmi lesquelles le départ de collègues exceptionnels, et de Sibel Agrali, figure historique de la direction du centre de soins. Nous savons ce que le Centre Primo Levi doit à son héritage, à sa vision profondément humaine, au rôle décisif qu’elle a joué dans le déploiement de ce lieu unique.
Dans cette réorganisation, une ligne a été tenue : maintenir le cœur du Centre, le soin, les cliniciens. Ce choix éthique disait ce qui ne pouvait pas être abandonné : la possibilité, pour les personnes victimes de violences extrêmes, de trouver un lieu de soin dans la durée, engagé dans le respect de leur histoire, de leur langue, de leurs droits, de leur dignité sociale. Malgré l’adversité, le nombre de patients et de consultations a ainsi augmenté, l’activité de formation s’est déployée, et GRAVIR, un groupe thérapeutique d’escalade, a vu le jour.
Pour tenir cette priorité, le Centre a dû réduire plusieurs fonctions support, essentielles à son action et à sa transmission, sans les abandonner. L’engagement de l’équipe restante a permis de maintenir l’activité. Trois numéros de la revue Mémoires ont paru, et la présence du Centre dans le débat public, au Parlement, à la mairie de Paris, à la CNDA et dans d’autres cadres, s’est renforcée.
L’appui juridique et l’appui social ont eux aussi été réduits, mais maintenus. Cette pluridisciplinarité demeure fondamentale. Nous avons donc préservé cette pensée d’un soin global, tout en renforçant les collaborations avec nos partenaires sociaux.
Il a donc fallu clarifier les priorités, protéger le cœur de la mission, préparer la suite. Non pour revenir à l’identique, mais pour penser les formes nouvelles que doit prendre le Centre Primo Levi dans un monde où les besoins explosent et où les moyens se raréfient.
Cette reprise s’organise autour de quatre chantiers dès 2026 : l’accueil des enfants, qui portent souvent les traces silencieuses des catastrophes collectives ; l’accueil des femmes et la prise en compte des violences sexuelles, trop souvent instruments des conflits ; l’attention portée aux victimes primo-arrivantes de guerre, pour que l’isolement et le trauma n’aggravent pas les blessures ; enfin, le lien avec la psychiatrie, dans une logique de complémentarité et de coopération.
À cette reprise interne répond un mouvement d’ouverture. Le Centre doit mieux rayonner, parce que les violences que nous accueillons traversent les frontières et que notre expérience doit circuler davantage. Cela signifie consolider notre place en France, mais aussi porter plus loin, à l’international, le message de Primo Levi. Cette dynamique est déjà à l’œuvre auprès des hôpitaux de Lviv, dans un pays où la guerre oblige les soignants à tenir au plus près de l’effroi. En Amérique latine, notre travail avec nos partenaires continue de prendre forme. Nous travaillons aussi à renforcer notre nombre d’adhérents et d’amis du Centre, ambassadeurs de cette parole de la dignité.
L’année 2025 aura donc été peut-être l’une des plus difficiles de l’histoire du Centre, mais elle aura révélé une force considérable : celle d’une équipe qui a tenu, de partenaires fidèles, d’une association mobilisée, capable de se transformer sans trahir sa mission unique. Et ce qui semblait empêché va finalement avoir lieu : l’anniversaire des 30 ans du Centre se fera en 2026, sous un titre inspiré des mots du poète Mahmoud Darwich, Mouvement et résistances – « Le mal tenace de l’espoir ».
Marie-Caroline Saglio Yatzimirsky,
présidente du Centre Primo Levi
Pour télécharger le rapport annuel, cliquez sur ce lien: Rapport Annuel 2025